« Maria et Salazar », choisir de comprendre l’immigré portugais

Couverture de la bande dessinée Maria et Salazar de Robin Walter 

Maria et Salazar est une bande dessinée biographique et autobiographique réalisée par Robin Walter, un père de famille d’une quarantaine d’années, qui nous invite à découvrir le thème de l’immigration portugaise en France dans les années 1970 à travers le témoignage du personnage éponyme Maria. Pour cela, l’auteur recrée tout un processus de création et de recherches dans le but d’essayer de comprendre la vie et le passé de cette femme qu’il a toujours connue et considère presque comme un membre de sa famille. La maison familiale où Robin Walter a grandi a été mise en vente. L’heure est donc venue de tourner la page mais à mesure que l’échéance approche Robin se rend compte qu’il n’est pas prêt à laisser certaines choses, certaines personnes s’en aller alors qu’il ne sait rien de leur passé. En effet, cette maison de Champigny-sur-Marne est intimement associée à Maria, femme de ménage de la famille Walter depuis une trentaine qui a fui le Portugal du dictateur Salazar dans les années 70. Pour Robin Walter cette Maria est la femme qui l’a vu grandir, qui l’a nourri, qui s’est occupée de lui presque comme une deuxième maman mais il ne la connaît que dans un cadre actuel, en France. Il va alors faire le tour de tous les membres de sa famille et s’adresser à Maria elle-même ainsi qu’à son mari Manuel pour recueillir le plus de témoignages possibles et retracer le parcours, le passé d’immigrée portugaise de cette femme qu’il a toujours connue sans précisément s’intéresser à son histoire, à son pays d’origine.

Au Portugal, à l’époque de l’exil de Maria, c’était la dictature de Salazar. La bande dessinée acquiert donc une caractéristique historique en abordant le sujet de la politique portugaise et de la forte immigration portugaise en France dans les années 1970.

 

Les phénomènes migratoires sont une réalité qui touche toutes les parties du Monde en tout temps. Les individus, les familles, les peuples émigrent et immigrent pour des raisons différentes, la guerre, l’exile politique, les problèmes économiques comme la famine, le manque de travail ou encore pour rejoindre des êtres aimés. Tout comme les raisons de départ sont nombreuses, les conditions d’arrivée et d’intégration ne sont pas les mêmes pour tous. La France est elle-aussi touchée par le phénomène d’immigration et apparaît comme une terre d’asile, de vertus, le lieu de commencement d’une vie meilleure pour beaucoup et le devient en effet pour certains. C’est ce type d’exemple que Robin Walter retrace à travers sa propre histoire mais surtout à travers de celle de Maria dont nous allons développer la présentation. En effet, l’auteur a fait des recherches importantes pour rendre compte de façon très simple mais complète de l’histoire de l’immigration portugaise. Les faits historiques sont très clairs et permettent à un lecteur ignorant de comprendre ce mouvement d’immigration et les souvenirs de Maria rendent ce phénomène collectif plus proche. Elle devient presque une allégorie de l’immigration portugaise et d’une intégration réussie tout en apportant un peu de sa culture, un peu de sa tradition pour la partager (ici on parle beaucoup des frites de Maria). L’on peut d’ailleurs remarquer que la question du passé de Maria ne vient que tardivement à l’esprit de l’auteur qui l’a toujours connue mais qui ne s’intéresse à cette partie de son passé qu’une fois adulte, et père à l’aube d’un grand déménagement. Preuve que l’intégration de Maria était totale, elle s’est profondément adaptée.

 

Robin Walter rappelle cependant que les conditions d’accueil n’ont pas été les mêmes pour tous : la précarité d’un petit travail par ici, par là, ajoutée à la barrière de la langue, et à des conditions de logement difficiles comme le camp (bidonville) de Champigny ne font pas toujours de l’immigration un rêve. Maria rappelle que son mari n’a pas connu le bidonville mais que certains de ses amis si.

On peut dire de cette bande dessinée qu’elle est biographique car elle revient sur l’histoire de Maria, de son mari et de leur premier enfant qui sont partis du Portugal pour arriver en France au début des années 1970. Mais Robin Walter en a aussi fait une bande dessinée en partie autobiographique puisqu’il se met en scène avec d’autres membres de sa famille, nous racontant leur relation avec Maria et mettant en abîme sa démarche d’auteur désireux de raconter à ses lecteurs l’histoire de cette dernière. Ainsi, les premières pages peuvent sembler un peu longues en considérant le titre de cette bande dessinée qui nous promet un contenu historique. En effet, l’auteur commence par se représenter lui, sa famille et le contexte de création de son oeuvre à une époque actuelle. Il n’entre dans le vif du sujet qu’environ une vingtaine de page après les premières planches en présentant sa source d’inspiration, Maria. Cette façon de faire révèle les véritables intentions et buts de l’auteur, à savoir transmettre un témoignage complet, une découverte, une vie. Ici Maria s’est mariée jeune au Portugal avec Manuel juste avant que celui-ci ne parte clandestinement en France avec son cousin afin de trouver du travail, il est ensuite rejoint par sa femme Maria alors enceinte. Mais là encore, une fois arrivée en France Maria ne vit pas avec son mari qui part pendant plusieurs mois pour travailler dans le bâtiment et la laisse se débrouiller dans un pays où elle ne connaît pas la langue ou les habitudes, elle manque plus d’une fois de repartir sans sa monnaie après avoir fait le marché. Manuel ne voit son fils pour la première fois alors qu’il a 9 mois. Ils vivent d’abord un immeuble appartenant à l’église protestante, ce n’est pas une vie de rêve pour Maria qui fait des ménages et Manuel qui travaille dans le bâtiment mais ils ont un travail et ne vivent plus sous dictature.

En définitif, davantage qu’une BD sur l’histoire d’une femme de ménage, Maria et Salazar, agit parfois comme un prétexte pour retracer l’histoire politique du Portugal et présenter les conditions de vie et d’adaptation des immigrés portugais. Ce qui est remarquable dans cette BD c’est bien l’intention de son auteur de partager le nouveau savoir qu’il acquiert au moment de faire des recherches concernant l’Histoire politique portugaise. Là où de nombreux auteurs, romanciers historiques en particulier, étudient l’Histoire pour créer une oeuvre originale mais ne font pas le récit de leur découvertes, Robin Walter pense à retracer cette partie du processus de création. L’auteur s’inquiète autant de sa bonne compréhension que de celle de ses lecteurs.

 

Par : Lucie MOREL

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